Féminisme & gynéco

Herstory

Au moment des luttes féministes qui éclatent à partir de la fin des années 1960, la remise en question du pouvoir masculin sur les corps des femmes mène à une remise en question du fonctionnement de la médecine. En se battant pour le droit à l’avortement, pour la liberté de contraception, en revendiquant un corps libre et autonome, en remettant en cause l’hétérosexualité obligatoire, les féministes ouvrent un nouveau chantier: il s’agit de se révolter contre tous ceux qui dénient aux femmes autonomie et liberté de choix. Les médecins, qui s’arrogent le droit de refuser un avortement, une contraception, d’imposer un discours moral sur la sexualité et la maternité, sont une cible privilégiée.  Il s’agit désormais de s’attaquer à leur monopole  sur la santé et le corps des femmes.

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Parallèlement aux actions militantes et aux manifestations, un mouvement féministes tel que le Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception organise et revendique la pratique des avortements sans intervention médicale grâce à la méthode Karman. Elles développent aussi une réflexion sur la maternité, en critiquant notamment la prise en charge de l’accouchement par la médecine, moment où la personne qui accouche se voit transformée en malade à soigner et se voit dépossédée de tout libre-arbitre et de toute capacité d’action. Beaucoup d’entre elles s’élèvent alors pour la démédicalisation de la naissance, pour que la technique médicale demeure au service et à l’écoute des femmes. La critique vise aussi les gynécologues, qui imposent alors majoritairement un discours et des pratiques paternalistes et moralisatrices à leurs patientEs (injonction à la procréation, stigmatisation des sexualités, irrespect pour leurs corps et leurs intégrités, etc.).

La rébellion des militantes contre l’institution médicale se manifeste aussi par un partage de connaissances entre femmes sur la santé. Le MLAC développe, en non-mixité, en favorisant l’égalité de parole entre les femmes et l’entraide  féministe, des pratiques d’auto-gynécologie, de pose de stérilet ou d‘accouchement naturel. C’est aussi la démarche du Women’s Health Collective de Boston, qui a publié l’ouvrage fondateur «Our bodies, ourselves» en 1971 ( «Notre corps, nous-mêmes» ). Le collectif défend le self-help gynécologique (ou auto-gynécologie), une pratique politique de la santé à travers l’échange de savoirs et d’expériences. On partage des ressources entre femmes autour des sexualités, des pratiques sexuelles, de la procréation, du viol, des violences, de la contraception, de l’avortement, de la ménopause, etc.

Et aujourd’hui?

Un peu plus de quarante plus tard, le bilan n’est malheureusement pas très bon. Bien sûr, beaucoup de soignantEs exercent leur métier avec talent, passion, écoute et cherchent à évoluer en dialoguant avec leur patientEs. Mais on ne peut pas dire que les idées proposées par les féministes pour mettre en place une médecine non sexiste, respectueuse des choix de chacunE et en perpétuelle remise en question aient véritablement été écoutées: la formation des soignantEs est, à ce titre, demeurée archaïque.  De fait, la médecine demeure un espace privilégié de contrôle des identités, des corps et des sexualités.

Quelques exemples:

  • L’accès au soin: Un grand nombre de personnes qui ne correspondent pas au modèle dominant (femmes handicapées, lesbiennes, précaires, racisées, séropositives, personnes trans ou inter, etc.) sont moins bien soignéEs, traitéEs avec mépris ou brutalité, discriminéEs ou carrément excluEs du soin. Par exemple, les femmes en situation de handicap peuvent difficilement accéder au suivi gynécologique puisque la plupart des cabinets ne sont pas équipés pour les recevoir et que beaucoup de soignantEs ne se préoccupent même pas de leur sort. Par ailleurs, certainEs soignantEs opposent, en parfaite illégalité bien sûr, un refus de soin aux plus précaires d’entre nous, notamment aux bénéficiaires de la Couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C) ou de l’Aide médicale d’état (AME) (voir le rapport du Défenseur des droits remis au Premier ministre en mars 2014). Et dans ce contexte, les femmes d’origine étrangère sont les plus discriminées.

 

  • Les pratiques: beaucoup de soignantEs ne nous demandent pas l’autorisation avant de nous toucher, ne nous expliquent pas les actes pratiqués, nous imposent de nous mettre entièrement nuEs sans qu’aucune nécessité médicale ne le justifie, nous imposent examen des seins ou toucher vaginal systématiquement (même lorsque nous n’avons évoqué aucun symptôme pouvant justifier un tel examen et quel que soit notre âge ou nos antécédents médicaux!);

 

  • La contraception: alors que le rôle des médecins consiste à indiquer les avantages et les inconvénients, les risques et les contre-indications des différents moyens de contraception, nous ne sommes pas véritablement libres de choisir en toute connaissance de cause La plupart du temps, nous ne sommes que très partiellement informées (nous ignorons souvent, par exemple, les effets secondaires de notre pilule, qu’il s’agisse de risques importants pour notre santé ou de problèmes graves de libido).  Par ailleurs, l’accès au DIU (dispositif intra-utérin) pour les nullipares relève souvent d’un parcours de combattantE. Et, pour aller plus loin, la stérilisation volontaire est autorisée depuis 2001, mais beaucoup de médecins imposent leurs préjugés aux patientEs et refusent d’appliquer la loi.

 

  •  L’IVG est encore et toujours traité comme un acte dramatique. Dans ce parcours, les femmes sont culpabilisées et infantilisées : ainsi l’accès à l’IVG n’est pas inconditionnel et gratuit (échographie non nécessaire mais imposée, délai de réflexion d’une semaine obligatoire, IVG désormais remboursée à 100% mais pas le parcours de soin alambiqué qui le conditionne, etc.). De plus, entre la fermeture d’un grand nombre de centres IVG et la diminution des horaires d’ouverture d’autres, l’accès de touTEs à ce droit est sérieusement remis en cause ;

 

  • L’accouchement: césarienne « de convenance », amniocentèse imposée (alors qu’elle n’est pas obligatoire), surmédicalisation, multiplication des échographies, pratique courante de l’épisiotomie… l’accouchement est encore un moment où les femmes se voient très fréquemment refuser autonomie et liberté de choix. Les personnes souhaitant un accouchement dit naturel (ou physiologique), à domicile ou non assisté trouvent difficilement des soignantEs aptes à les accompagner sans jugement. Mais, là encore, ce sont les femmes racisées qui sont les plus discriminées: on leur impose encore plus fréquemment la césarienne et la surmédicalisation de la naissance. Certaines équipes, dans la lignée des luttes féministes, se battent encore aujourd’hui pour que subsiste des lieux où les femmes sont actrices de leur accouchement, mais elles sont de plus en plus menacée (la lutte contre la fermeture de la maternité des Lilas en est un exemple). 

Dans la lignée de la réflexion du MLAC ou du Women’s Health Collective, nous aimerions que se développe une pratique de la gynécologie, et plus largement de la médecine, à l’écoute de touTEs les patientEs,  dans une constante recherche de l’information éclairée qui se partage avec les patientes, sans jamais s’imposer à illes.

Notre liste  vous permettra, nous l’espérons, de rencontrer de telLEs soignantEs.

 

 

 

19 commentaires sur “Féminisme & gynéco

  1. Hello! Super initiative! faudrait même qu’elle se traduise pour devenir mondiale, ca peut être utile partout et certain.e.s d’entre nous bougent beaucoup!
    Je suis en Belgique , pouvez vous préciser les secteurs 1 et 2 sur la légende de la carte ?
    Merci d’avance,
    N.

  2. Bonjour, le tout est même de trouver rien qu’un médecin généraliste ou spécialiste compétent, et c’est une denrée rare! Je suis en ariège et c’est le désert médical ! Il faudrait aussi que certains médecins soient blacklisté mais je pense que le site serait poursuivi pour diffamation ou autre procédure de ce genre!

  3. Super votre site, moi j’ai demandé une césarienne de convenance, mais on me donne pas de réponse! Donc en tant que femme je suis pas libre?

    • Bonjour,

      Actuellement, les futures parturientes ont tout à fait le droit de programmer leur césarienne et donc de recourir à la « césarienne de convenance ». Vous l’avoir refusé un tout simplement un abus de pouvoir. Si vous n’avez pas encore accouché, je vous conseille de chercher une autre personne pour votre suivi.

      Bien à vous,
      Gaël pour Gyn&Co

  4. super idee. Vivement que des medecins soient recommandes dans la Somme…pour l’instant, c’est le néant sur la carte!

  5. ce site est une excellente idée! notamment pour trouver les professionnels qui acceptent de poser un stérilet aux nullipares!
    merci de cette initiative!

  6. Bonjour à toute l’équipe du site,

    Je ne saurais vous remercier pour cette initiative. C’est un combat de tous les jours pour trouver un médecin humain, surtout en matière de gynécologie.

    Un immense merci pour cette aide précieuse.
    Continuez surtout.

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